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En
1929, il y avait dans la Société Saint Paul un grand nombre de vocations :
prêtres, séminaristes, jeunes qui formèrent ensuite le groupe des Disciples du
Divin Maître; étudiants et aspirants à la vie religieuse et au sacerdoce. Il
y avait les Filles de Saint Paul et les Sœurs Disciples. En tout, plus de
six cents membres.
Le Fondateur
venait souvent à la cuisine; un jour il me demanda:
"Que
dirais-tu si, avec le temps, nous arrivions à être plus que mille?"
Je me suis
mise à rire et lui ai répondu:
"Nous
devrons avoir des marmites plus grandes et pas seulement une, la même chose
pour les poêles, la vaisselle, etc. Ça prendra une machine à peler les
pommes de terre, et d'autres pour la verdure, pour laver la vaisselle,
autrement, nous ne pourrons pas arriver à tout, à temps!".
"Eh bien,
priez et vous verrez que les grandes marmites, les grandes poêles, les
machines pour les pommes de terre et la verdure arriveront, et même la
laveuse à vaisselle".
Il se
réjouissait en voyant ma joie, pas tellement pour les équipements, mais pour
les âmes nombreuses qui viendraient travailler dans la vigne du Seigneur.
"Tu verras,
tu verras, aie seulement une grande foi, et faites toujours votre Adoration
perpétuelle avec beaucoup d'amour et de ferveur!".
En effet, les
différentes choses arrivèrent sans trop tarder. Par la suite, les Filles de
Saint Paul eurent leur maison à Borgo Piave et elles devinrent indépendantes.
Nous, nous sommes restées au service de la Société Saint Paul.
* * *
Au mois d'août
1933, en la fête de saint Bernard, les novices devaient émettre la première
profession. Le Fondateur avait remarqué que la schola des Filles avait
préparé des chants et des fêtes pour l'occasion. À la veille, il appela la
première Maîtresse et moi-même. Il était désormais 21 h. et les sœurs
s'étaient déjà retirées. Il nous dit: "Que la première Maîtresse aille à la
chapelle attendre les nouvelles professes; toi, tu battras des mains pour
qu'elles se lèvent et tu les amèneras pour la Profession. Arrivées à la
chapelle, on les informera qu'elles feront leurs vœux dans les mains de la
première Maîtresse; toi, tu serviras de témoin. S'il y en a encore debout,
qu'elles viennent quand même à la chapelle, comme elles sont, même avec les
sabots, peu importe, c'est encore mieux. Il en fut ainsi, et à la chapelle,
la nuit, le rite anticipé se déroula dans la simplicité la plus charmante.
Le matin, tous
attendaient les novices pour la cérémonie, mais elles étaient déjà professes.
* * *
Parlant de
cinéma
Un dimanche,
en voyageant avec le Fondateur dans l'automobile conduite par le père Gabriel,
passant par une rue de Turin, nous avons rencontré une très longue file de
personnes qui attendait leur tour pour obtenir leur billet d'entrée à la salle
cinématographique.
Le Fondateur
dit:
"Ne
devrons-nous pas nous occuper également de toutes ces âmes, leur procurer
une détente qui soit à la fois un divertissement sain et une nourriture
substantielle qui les élève vers les vérités éternelles?".
Et ensemble,
nous parlions du bien que ferait un cinéma s'inspirant de la doctrine
chrétienne catholique, tandis que chacun avait un grand désir de réaliser
quelque chose le plus tôt possible.
Après un
moment de silence, le Fondateur ajouta:
"Oui, nous
devons y penser; avec l'aide et la volonté de Dieu qui nous accompagnent,
j'ai confiance que nous y arriverons".
Maintenant,
son rêve se réalise, il fait et promet un grand bien dans le monde entier!
Certes, cette forme apostolique moderne se perfectionnera de plus en plus. Que
le Seigneur bénisse ce travail immense et tous ceux qui dédieront leur vie à
cette fin qui peut rendre une grande gloire à Dieu et faire du bien à beaucoup
d'âmes! C'est pour cela que les Sœurs Disciples offrent la prière chaque
jour: pour ceux qui ont soif d'âmes.
* * *
En 1950, je me
trouvais en Argentine, dans la maison de Florida, comme maîtresse des
novices. Un dimanche, la Société Saint Paul nous invita à voir un film sur la
Passion de Jésus. Fervente et scrupuleuse, Mère M. Paola me dit:
"Les novices
ne vont pas au cinéma, cela leur est interdit".
Je m'efforçai
de lui faire comprendre qu'on pouvait faire une exception puisqu'il s'agissait
d'un sujet religieux. Dans mon cœur, je priais le Seigneur de lui faire
comprendre le caractère licite de cette représentation. À l'instant même, le
Fondateur, qui était alors en visite, sort je ne sais d'où, de la cour
peut-être.
" Les
novices pourront-elles participer à la représentation de la Passion qui sera
donnée ce soir?"
La mère
répondit:
"Elles font
bien d'y aller, mieux, cela leur servira de méditation, non seulement d'une
mais de deux".
Je l'ai
remercié et toutes, nous y sommes allées avec son consentement. Même la mère
resta pleinement d'accord. Si la providence n'avait pas fait intervenir le
Fon-dateur à ce moment-là, nous serions certainement restées à la maison.
* * *
Lorsque je me
trouvais en Argentine, entre 1950 et 1960, une jeune fille qui désirait
devenir Sœur Disciple vint me trouver. Elle me raconta qu'elle enseignait le
catéchisme aux jeunes adolescentes et adolescents. Aux examens, elle leur
avait promis comme récompense de les amener au cinéma. Je cherchai
attentivement un film, beau, moral, approprié. Après plusieurs recherches,
enfin, on lui promit une pellicule correspondant à son désir de faire du
bien! Mais quelle déception elle éprouva devant la projection vraiment
scandaleuse! Elle pleura et regretta amèrement d'avoir accordé cette
récompense! Elle me dit:
"Mais vous,
dans votre Congrégation paulinienne, n'avez-vous pas aussi cet apostolat?
Ne pourriez-vous pas mettre ici aussi un département pour cela? Vous
rempliriez un vide épouvantable qui précipite un nombre incalculable d'âmes
dans l'abîme".
J'écrivis
immédiatement au Fondateur: il me semble que la chose est déjà en train de se
préparer. Le Fondateur me répondit en disant qu'on espérait bientôt trouver
en Argentine aussi un local, avec des personnes et des moyens adaptés, pour
accomplir un apostolat très urgent et nécessaire. À présent, on travaille
intensément surtout dans les paroisses des provinces les plus étendues de
l'Argentine.
* * *
Au Chapitre de
1957, le premier pour les Sœurs Disciples, au cours des travaux, en examinant
les Constitutions, Mgr Traglia qui présidait suggéra de supprimer un article.
Le Fondateur qui était présent n'était pas de son avis; il tenait à ce que
l'article demeure et soit observé. On garda un silence respectueux mais
significatif. Le Président s'en rendit compte et dit:
" Donc, le
père Alberione retient opportun que ce texte demeure?"
Alors, le
Fondateur répondit vivement:
"Oui, c'est
important qu'il reste".
Alors, le
Monseigneur ne présenta pas d'autres difficultés et le texte demeura intact.
Prudence et tact délicat pour obtenir ce qu'il désire sans s'altérer devant
l'autorité de l'Église, réalisant en même temps ce qu'il considérait
profondément comme la volonté de Dieu!
Il était
toujours très bref lorsqu'il donnait des conseils, affirmait ses convictions,
communiquait des dispositions. Ses paroles mesurées exprimaient sa pensée et
elles étaient si convaincantes qu'on ne pouvait faire autrement que de les
mettre en pratique immédiatement, avec enthousiasme et de plein gré.
(13 décembre
1972) |