 |
 |
 |
 |
Lors de
mes années de lycée, je passais mes vacances d'été à la Maison d'Exercices
spirituels de la Société Saint Paul à Ariccia, aidant à la cuisine ou à la
salle à manger.
Ma grande joie
était que Don Alberione venait souvent dans cette maison; mieux, qu'il y
faisait de longs séjours. Il occupait une chambrette de l'aile Giaccardo, la
plus proche de la chapelle des sœurs. Il était déjà en prière à 3 h 30 du
matin. À tour de rôle, les Sœurs et nous aussi les plus jeunes, nous nous
levions pour "servir" sa messe, comme on disait, et pour lui offrir le café
avec… un peu de beurre.
Curieuses
comme nous étions, nous avons parfois surveillé combien d'heures il priait - 8
heures et demie environ et même davantage. Il disait qu'il faisait les
Exercices spirituels, mais c'étaient des Exercices spirituels successifs.
Quelques fois,
nous avons même lorgné les livres qu'il avait dans le banc de la chapelle. Il
y avait le livre de prières pauliniennes, la Bible, la Théologie de la
perfection chrétienne de Royo Marin et l'immanquable chapelet. Ces années-là,
il citait souvent le livre de Marin, même dans les méditations (cf. Opera
omnia : APD, 1965-1966).
Le matin, il
faisait souvent la méditation aux 6 ou 7 Sœurs Disciples présentes. Une
année, il nous parla toujours de la gloire de Dieu, si bien qu'un matin, je
lui écrivis un message lui demandant comment il était possible de penser toute
la journée à tout faire pour la gloire de Dieu. Il me répondit sur la même
feuille de papier que je conserve encore : " Il suffit de mettre cette
intention le matin, mais il est bon de se le rappeler quelques fois au cours
de la journée". J'ai appris par la suite que la fin de la vie religieuse
paulinienne est précisément le même programme que l'Incarnation du Seigneur :
"gloire à Dieu et paix aux hommes" (cf. Lc 2, 14); c'est ainsi qu'il
est indiqué dans l'écusson paulinien ainsi que dans Opera omnia, AD no 183.
J'ai entendu
plusieurs méditations et instructions de la bouche du Primo Maestro, comme on
l'appelait. Au-delà des expressions datées, je relis celles qui dévoilaient
davantage son union avec Jésus. Elles m'intéressent, je veux connaître
Alberione secret. Nous n'en savons pas grand chose, même si nous pouvons
connaître ou avoir l'intuition de quelques aspects de ce qu'il a raconté
lui-même dans AD.
Je crois que
nous pouvons apprendre autre chose précisément des enseignements aux Sœurs
Disciples. Par exemple, lorsqu'il leur indiquait les degrés d'oraison ou
l'objectif de leur vie de "élève" de Jésus Maître : "arriver à penser comme
Jésus, à vouloir comme Jésus et à aimer comme Jésus". Nous trouvons un de ces
nombreux exemples dans le volume APD 1966, nos 445ss : "Jésus, roi
des intelligences, des volontés, des cœurs…". Ailleurs : "entrer dans les
sentiments de Jésus…"; "lorsque vous sortez des deux heures d'adoration, ça
devrait être facile pour vous d'enseigner la prière…"; "lorsque vous allez à
l'Adoration, vous allez à l'école de Jésus…" etc.
Or, Jésus n'a
qu'une seule vérité à enseigner : le Père. C'est la vie éternelle (cf. Jn
17, 3).
Il enseigna
maintes fois : " En vous voyant, que le Père puisse dire comme il a dit de
Jésus : celui-ci est mon fils en qui je mets ma complaisance!".
Il nous
indiquait l'identification à Jésus en nous plaçant devant saint Paul, disciple
parfait, idéal du paulinien, qu'il importe de considérer comme fondateur de la
Famille (cf. AD no 2). Il résumait le programme avec la
formule tirée de la Lettre aux Galates: "Ce n'est plus moi qui vis, c'est le
Christ qui vit en moi" (cf. Ga 2, 20) ou encore : "pour moi, vivre,
c'est le Christ" (Ph 1, 21).
Plus que tout,
ce qui m'a donné la mesure de la robustesse, de la profondeur et de la
consistance de notre vie spirituelle et de notre prière, c'est le fait que Don
Alberione nous ait donné trois textes évangéliques fondamentaux comme pivots
de la prière d'adoration quotidienne : le Prologue de Jean (Jn
1,1-18) que toutes les Sœurs Disciples savent par cœur; les Béatitudes
(Mt 5,1-11), et le chapitre 17 de l'évangile selon saint Jean qui
est la prière de Jésus pour ses disciples, pour leur unité, prière où
nous trouvons surtout l'attitude fondamentale de Jésus que l'apôtre doit
imiter : "pour eux, je me sanctifie moi-même" (Jn 17, 1-26).
Il y a
ensuite, et c'est clair, la centralité de l'Eucharistie et l'importance donnée
à la liturgie. Qu'il nous suffise de penser à l'année liturgique comme
itinéraire "d'identification au Christ" et voie de la formation spirituelle
qu'il donnait à tous ses fils. La liturgie protège du piétisme, de
l'individualisme, de l'intimisme, elle ouvre à la communauté, elle est une
spiritualité objective, forte, biblique et centrée sur le Christ, donc,
trinitaire et mariale…
L'attrait que
le Fondateur exerçait sur moi se situe justement dans cette adhésion au cœur
de la vie chrétienne : nous voulons et devons vivre Jésus Christ comme les
Saintes Écritures nous en parlent et le révèlent, comme l'Église l'annonce et
le célèbre. C'est le cœur de la Bonne Nouvelle, c'est le Nouveau Testament,
c'est tout!
Moi, c'est le
tout qui m'intéresse! Puis, la gloire la plus grande est pour moi, comme
disaient quelques Pères, d'être et de porter le nom de chrétienne.
Sigles :
§ APD
= Aux Sœurs Disciples, volumes qui rassemblent les enseignements à cette
Congrégation.
§ AD
= Abundantes Divitiae gratiae suae, volume de l'opera omnia qu'il a écrit
lui-même.
Sr M. Cristina Cruciani
Alba, febbraio 2003
|